La piste de cirque abandonnée puait l’urine de chevaux et la sciure humide. Confettis tristes sur le sable. La veille, le chapiteau avait plié bagage. Moi, Mélanie, je sentais déjà la tentation me ronger les tripes. On s’est promenés autour du cercle. Narines grandes ouvertes aux odeurs animales, commerciales, fanées. Mon cœur battait fort. Insoutenable. J’ai craqué. Suis entrée dans l’arène. Émotion pure. Petit trot. Jambe droite qui remonte à chaque foulée. Tête qui dodeline. Crinière secouée. Talons andalous claquent le rythme. Puis galop. Chaloupé, cadencé, de gala. Deuxième tour. Je m’arrête. Salue la nuit émeraude. Il crie : « Bravo ! » Entre à son tour. Fouet en main. Cuir de vachette tressé, douze mètres. Je le redoute. Ne peux m’en passer plus d’une semaine. Il le fait claquer. Solitude du soir. Mon corps tremble. La honte monte, chaude, comme un feu qui lèche l’intérieur des cuisses. Je sais ce qui vient. Le péché. Je cède. Franchis la ligne.
Premier coup. Talon droit saute. Je vacille. Coup gauche. Dans le firmament. Tombe dans les copeaux. Troisième. Jupe descend aux genoux. Me redresse. Dignité intacte. Ses coups déchirent tout. Soie fine, la plus chère. Corsage mousseline du Pendjab. En lambeaux. Aréoles sombres percent. Lanière agace les pointes. Seins raides, transpercent le tissu. Jupe italienne, Via Romana. Ruine à mes pieds. Culotte dentelle Calais. Mèche comme rasoir. Mais sa maîtrise. Absolue. Fouet lèche le linge. Primo-orgasme. Déchiquette la dentelle. Tombe comme colombe morte dans la sciure. Nue. Frémis. Lanière chatouille la fente. Incursions rapides. Pénètre trois centimètres. Déguste. Bonheur pur. Toison coiffée, décoiffée. Peigne cruel. Il se déboutonne. Sexe congestionné. Je perds espace, temps. Fouet dans vagin. Verge en vue. Hawking l’explique. Anus maintenant. Fouet entre jambes. Fiche dans le creux des fesses. Doigté parfait. « Tu as la manière et la lanière », je chante, essoufflée. « Qui ondule mon cul. Caresse mes fesses. Orgasme, mon gars. Serpent venimeux m’émeut. Corde s’accouple à ma raie culière. » Au début, coups crûs. Blessures. « Fais-moi mal, salaud ! Plus fort ! » On baisait dans le sang suintant. Plus maintenant. Poésie. Chair de poule. Peau à fleur de peau. Souffle court dans l’obscurité. Bruits : claquements secs, chair qui claque, gémissements rauques. « Baise-moi avec ton fouet, enfoiré ! Défonce-moi ! » Sauvage. Sans retenue. Plaisir défendu explose.
L’Approche
Chant fini. J’urine comme jument au 14 juillet. Devant le président invisible. Il éjacule. Puissance de taon sur taonne. On fornique sur le dos du cheval fantôme. Salves d’applaudissements. Quartier curieux mate. Nuits de cirque attirent. Nue, en transe. Vêtements en miettes. Il m’enroule de sa cape. Je ris sous cape. Bout du fouet encore dans le fion. Traverse la ville austère. Pète dans l’ascenseur. Voisins du cinquième reniflent. Moins mondaine. Retour au calme. Poids du secret. Frisson froid. Disparais dans la nuit. Sans trace. Juste le feu qui couve. Prête pour la prochaine transgression.