J’étais au bistrot, ce bouge crasseux que je hante avec mes poivrots. Grande, charnue, cheveux poivre et sel, la cinquantaine tassée. Les mecs braillaient leurs vacheries : ‘Un bon ramonage de chaudière pour la calmer !’ ‘Dans l’cul, moi !’ J’en rajoutais, beuglant que j’avais besoin d’hommes montés qui bandent dur. Les toiles d’araignée entre mes cuisses ? Qu’ils aillent se faire foutre.
J’ai titubé dehors, saoule, seule. Mais lui, je l’avais vu. Le voisin d’en face. Beau gosse, marié, mètre quatre-vingt-trois. Il matait depuis sa table, avec son collègue Jérôme. Quelques jours plus tard, chez le boucher, sobre et moche à jeun, je croise son regard. Il demande mon nom : Marie-Hélène Dumartin. Veuve cocufieuse, ex-femme du buraliste. Je tends l’oreille après : il parle de moi, intéressé.
L’Approche
Retour au bistrot. J’entre en boitant, gueule de bois naissante. ‘Un p’tit ballon, Jean-Louis.’ Vide, intime. Il s’approche, flageolant. ‘On est voisins. Je vous paye un verre.’ Je le suis, avale d’un trait. Silence. Puis, droit au but : ‘J’ai envie d’me faire tringler.’ Il bégaie. ‘T’as vu mon manège chez le boucher. André a cafté. J’préfère les mariés. Sonne chez moi.’ Œillade vulgaire, je file au zinc. Dedans, je bande sa femme en imagination. Mais moi, Pipette, je sais : la transgression m’allume.
L’attente brûle. La honte ? Une chaleur qui monte, poisseuse, entre les cuisses. Interdit total : lui, cocufieur en herbe. Moi, la gouape poivre et sel. Le péché palpite.
Après-midi. Tambourinage. Gueule de bois carabinée, robe de chambre râpée, nuisette rose fanée dessous. Cheveux en vrac, visage ravagé. ‘Entre, coquin.’ Cuisine fruste. Café noir, slurppé comme une truie. ‘T’es venu me culbuter. Ta salope de femme sait ?’ Il tique. ‘Elle est coincée, ta pouf.’ Il rétorque sec : ‘Et toi, t’es chaude ou que dans la gueule ?’
L’Explosion
Je claque la porte de la chambre, affalée sur le lit. Ronflements. Il mate mon gros gode noir sur la table de nuit. Remonte ma nuisette : fesses plates à l’air, odeurs âcres de chatte et cul non rincé. Ses mains tremblent. Il suce mon anus. Grognement : ‘T’aimes mon derche ? Défonce-moi, vicieux.’ Doigts humides, langue dedans. Capote enfilée, il perce : ‘Putain, gros engin !’ Je cambre. Il pilonne, je couine. Il jouit profond, poids écrasant.
Retour : je gobe sa queue, aspire le reste de sperme. ‘Hummm.’ Délectation. Plat dos, cuisses béantes : chatte glabre, sombre, puante. Il bouffe, affamé. Je jouis langue seule, spasmes. Gode enfoncé : ‘Tringler comme une chienne !’ Multiples orgasmes. Trois trous ravagés : cul, bouche, grotte. Dialogues sales : ‘Les mecs du troquet bandent pas. Léon, sa petite quéquette… Hervé Mayol, le rachitique… Même les goudous !’
Plaisir défendu explose. Honte fond en extase brute. Souffle court, sueur, bruits obscènes dans l’obscurité de la chambre.
Il profite, repart. Secret lourd, frisson glacé. Je disparais dans mon vice, sans trace. Lui évite le bistrot, change de boucher. Pourvu que sa Monique n’apprenne pas. Moi ? J’assume, Pipette éternelle. La transgression, mon feu.